Travelling Savant - Café du gène
« Travelling Savant » autour de l’eugénisme le 16 janvier 2017
Un événement de l’Association Science Technologie Société en partenariat avec le cinéma Le Kosmos et Genopole.

Le débat s’est engagé avec Jean-François Deleuze, directeur du Centre National de Génotypage de Genopole (Institut de Génomique/CEA), suite au film Ces garçons qui venaient du Brésil réalisé en 1979 par Franklin J. Schaffner.
Gregory Peck y incarne le rôle d’un chasseur de nazis qui découvre progressivement l’effroyable expérience de Josef Mengele, ancien médecin du camp d’extermination d’Auschwitz. Quatorze ans auparavant, au Brésil, le docteur Mengele a créé en grand secret 94 clones d’Adolf Hitler, qu’il a confiés à des familles adoptives éparpillées à travers l’Amérique et l’Europe. Pour accomplir l’expérimentation parfaite, il a pris soin de choisir les parents de manière à recréer exactement l’environnement familial dans lequel le jeune Hitler avait grandi. Le célèbre chasseur de nazis déjouera son plan machiavélique, au moment où le docteur fou est parvenu à l’étape où les 94 pères doivent mourir, laissant ces enfants-clones orphelins, comme Hitler l’avait été à leur âge.
Travelling Savant -Café du gène
« D’un point de vue scientifique, ce film est très bien documenté  », a tout d’abord souligné Jean-François Deleuze, car « non seulement il prend en compte le patrimoine génétique mais aussi l’importance de l’environnement qui contrôle nos gènes et détermine aussi ce que nous sommes ». Les gènes ne font pas tout, loin de là ; « on le constate de plus en plus et on parle d’« épigénétique », qui regroupe tous les mécanismes qui modulent l’expression des gènes en fonction des paramètres extérieurs, de l’environnement dans lequel on vit ».

« La notion d’eugénisme est complexe  » explique Jean-François Deleuze. Lorsqu’on dépiste des maladies génétiques gravissimes pour un diagnostic pré-implantatoire, on réalise une forme de sélection. Dans le cas de la thérapie génique, dont l’objectif est de remplacer un gène responsable d’une maladie par un gène fonctionnel, on corrige un défaut génétique dans les cellules touchées par la maladie. « Est-ce bien ou pas ? Chacun peut avoir son avis.
Le problème se situe surtout au moment où l’on touche les lignées germinales, c’est-à-dire les cellules qu’on transmet à la descendance
 ».

Le clonage est techniquement possible aujourd’hui. Les avancées technologiques rendent d’ailleurs « beaucoup de choses possibles, comme Crispr-Cas9, qui fait l’actualité en ce moment pour son potentiel, mais qui pose aussi beaucoup de questions ».

A la question des règles éthiques, Jean-François Deleuze précise qu’« en France, les recherches sont très contrôlées et les scientifiques ne peuvent pas faire tout ce qu’ils veulent
 ». Mais il ne se sent « pas frustré dans son travail ». Il trouve normal d’encadrer l’utilisation de ces technologies.

En tant que directeur du CNG, centre de référence pour le séquençage du génome humain et l’analyse génomique des maladies, le chercheur révèle que « dans un avenir proche, vous serez tous exposés au séquençage  ».
Dans quel but ? « Pour vous aider face aux maladies. En particulier, pour les cancers, grâce au séquençage des tumeurs. Mais il ne faut pas oublier qu’en réalisant son propre séquençage, on donne aussi une information sur son ascendance et sur sa descendance. Nous devons mener une réflexion sur ce qui nous appartient ou pas. C’est une vraie question philosophique ! »
Jean-François Deleuze alerte : « attention à la génétique récréative, proposée par des sociétés comme 23andMe, qui peut devenir toxique ! ».

#Bioéthique #Génétique #Sciences et société