Mardi 6 décembre 2016 à l’Université Paris-Descartes, le colloque « Synthetic Biology : From ideas to market » a accueilli une centaine de participants, académiques, start-up, industriels, investisseurs, étudiants, autour de la biologie de synthèse et de son parcours depuis la recherche jusqu’aux développements technologiques et à l’industrialisation.

Organisé par Genopole en partenariat avec le pôle dédié à la bio-économie IAR et le démonstrateur pré-industriel TWB, le colloque visait à rassembler les acteurs du domaine, pour exposer les réalisations des start-up, discuter des clés du succès de l’industrialisation de la biologie de synthèse et savoir comment les grands industriels envisagent d’intégrer ces technologies dans leurs procédés de production et de les concilier avec la réalité industrielle.

- Vidéo de la session 1

"Synthetic Biology : From ideas to market"
Ouverture par Pierre Tambourin, DG de Genopole

Genopole, moteur pour l’essor de la biologie de synthèse en France
Genopole, en fondant le 1er laboratoire dédié (l’Institut de Biologie des Systèmes et de Synthèse iSSB) et la 1re formation de haut niveau en France (master européen mSSB de l’Université-d’Evry-Val d’Essonne), s’est engagé en biologie de synthèse dès les années 2000. Pierre Tambourin a ouvert le colloque en rappelant ce rôle pionnier et présentant les laboratoires, plate-forme technologique et sociétés du domaine installés sur le biocluster. S’appuyant sur ce socle solide et tenant compte des enjeux et promesses industrielles de la biologie de synthèse, mais aussi des expertises en place sur le territoire, Genopole a lancé le projet GenoBios et en est le moteur. L’objectif est d’obtenir un financement notable pour la biologie de synthèse en France et de soutenir la recherche sur des thématiques définies avec les industriels, afin de consolider la position de la France en biologie de synthèse à l’horizon de 5 à 10 ans. (Vidéo de l’intervention)

Ce projet ambitieux qui démarrera en 2017 a obtenu le soutien du gouvernement, comme en témoignait la présence pour l’ouverture du colloque de Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et la Recherche. Le colloque marque le démarrage de cette dynamique et des synergies à établir entre recherche et monde industriel.

"Synthetic Biology : From ideas to market"
Emily Leproust - Twist Bioscience

Des outils pour le déploiement industriel de la biologie de synthèse
Le dynamisme des start-up à construire de nouveaux outils a été largement illustré dans la session du matin, en particulier par l’introduction d’Emily Leproust, CEO, révélant l’impressionnante montée en puissance de sa société californienne Twist Bioscience (vidéo). Sa technologie de miniaturisation des réactions chimiques révolutionne la synthèse d’ADN : « faster, better, cheaper  ». Les applications, multiples, incluent bien sûr la biologie de synthèse et concernent même le stockage de données. BGene Genetics (vidéo), Abolis Biotechnologies (vidéo), EnobraQ (vidéo) et Synthace (vidéo) ont exposé ensuite leurs innovations technologiques et leur spécificité pour que la production par voie biologique soit bientôt une réalité pour un grand nombre de composés.
Les concepts et les méthodes de biologie de synthèse sont là, comme l’ont confirmé les discussions de la table ronde : CVT AllEnvi - Marc Chaussade, iSSB - François Képès, Sofinnova - Denis Lucquin , TWB - Pierre Monsan (vidéo).

Mais où en est-on de l’industrialisation ?
C’est la problématique que la 2e session s’est attachée à traiter en posant en particulier la question de l’intégration des technologies de la biologie de synthèse dans la stratégie des grands industriels et la conciliation avec la réalité et la rentabilité industrielles.

- Vidéo de la session 2

Potentiel industriel et accélération du développement de la biologie de synthèse
Le pôle ARD - Agro-industrie Recherches et Développements (Yvon Le Hénaff, DG), créé par la coopération agricole en 1989 pour développer des procédés de transformation non alimentaire de la biomasse végétale, a exposé les enjeux de montée à l’échelle industrielle et les services qu’il propose depuis le laboratoire jusqu’à son unité de démonstration industrielle (vidéo). Global Bioenergies (Frédéric Pâques, directeur opérationnel), qui a d’ailleurs utilisé le démonstrateur de l’ARD pour sa phase pilote, illustrait le cas d’une société déjà très avancée dans le développement industriel de son procédé de production d’isobutène (vidéo), tandis que Roquette (Thierry Marcel, vice-président R&D) présentait deux procédés aboutis en 3 à 5 ans seulement, la bioproduction d’acide succinique et de xylitol, grâce à un bon balisage des projets, un travail d’équipe, des synergies et des partenariats réussis (vidéo).

Martino Nieddu, directeur du laboratoire Regards, a apporté sa vision d’économiste et souligné que la biologie de synthèse regroupe actuellement plus de chercheurs que de productifs. La bio-économie est pourtant bien une économie des promesses, si tant est qu’elle s’articule avec l’économie des apprentissages : un même acteur ne pouvant maîtriser toutes les connaissances et compétences, les rapports de force entre start-up et grandes entreprises doivent évoluer vers la coopération (vidéo). Connecter les personnes et les projets à travers un réseau dédié est d’ailleurs l’objectif de SynBioBeta (John Cumbers, fondateur), le Hub de la biologie de synthèse.

"Synthetic Biology : From ideas to market"
2e session - Table ronde

La table ronde (vidéo) a permis de recueillir l’avis d’industriels qui s’interrogent sur l’avenir de la biologie de synthèse. Le chimiste Solvay (François Monnet, vice-président) a signalé la difficulté, devant autant de propositions technologiques, à faire des choix pertinents et à envisager l’avenir de leur système de production, en particulier lorsque la courbe du prix Sucre (ressource de la biologie de synthèse) / Pétrole évolue autant ! L’industriel Michelin (Nicolas Seeboth, directeur de recherche Matériaux Polymères et Additifs Chimiques) a confirmé qu’ils ne disposent pas pour l’instant de toutes les clés. Néanmoins, ils s’engagent en biologie de synthèse pour « s’acheter une assurance sur l’avenir, et ne le font pas seuls  » : ils s’associent.

« La biologie de synthèse est un monde de partenariats » a ré-affirmé Pierre Monsan (TWB) (vidéo), qui a conclu la journée en précisant qu’il ne croit pas aux révolutions mais aux évolutions. La biologie de synthèse est en pleine évolution. Elle trouvera sa voie, non pas dans le seul intérêt écologique ou économique, mais dans la créativité et la nouveauté qu’elle pourra apporter en produisant des molécules un peu différentes des molécules naturelles ou que la chimie ne sait pas faire.

#Biocluster #Biologie de synthèse #Entreprises #Laboratoires