« Café du gène Crispr-Cas9, un outil révolutionnaire de chirurgie des gènes »
en partenariat avec l’association ACCES Val d’Yerres

Près de 80 personnes ont participé mardi 8 novembre 2016 aux échanges sur le thème de « Crispr-Cas9 », qui soulève l’engouement des scientifiques et dont toute la presse s’empare. Deux scientifiques et deux sociologues apportaient au public leur expertise pour expliquer la technologie et débattre du sujet.
Café du gène "Crispr-Cas9, un outil révolutionnaire de chirurgie des gènes"

Crispr-Cas9 en bref

Qualifiée de « révolution de la chirurgie des gènes » ou de « copier-coller de la génétique », la technique Crispr-Cas9 est issue d’un mécanisme naturel de défense des bactéries. Attaquées par des virus, certaines bactéries développent un système d’immunité : elles intègrent dans leur génome des fragments de l’ADN invasif, de manière ensuite à le reconnaître et le détruire.
C’est cette caractéristique de découpe spécifique d’un ADN précis qui a suscité l’intérêt des scientifiques. Depuis 2012, ils développent à partir de ce système des ciseaux génétiques bien plus simples et efficaces, et bien moins coûteux que les outils existant jusqu’à présent.

Retour sur le Café du gène

Pour Michel Cailleret, ingénieur responsable du développement de la technologie à l’Institut des Cellules souches I-Stem, c’est bien une « vraie révolution : il y a l’avant et l’après Crispr-Cas ». Il ajoute qu’« on a copié la nature, mais aujourd’hui on la dépasse pour modifier, améliorer ce ciseau moléculaire ».

Devant cette facilité d’utilisation et le potentiel de Crispr-Cas9, devant aussi les premiers essais en Chine de modification d’embryons via cette technique, des questionnements éthiques se manifestent. Certains scientifiques ont appelé à un moratoire, en particulier la française co-inventeuse de la technologie Emmanuelle Charpentier, tandis que d’autres soulignent son intérêt, pour la thérapie génique en particulier.

A la question « La thérapie génique va-t-elle faire un bond en avant grâce à Crispr-Cas9 ?  », Sara Henriques, doctorante à Généthon (laboratoire de l’AFM-Téléthon) explique que « la technologie est encore très jeune et qu’il faut du temps pour passer à l’être humain, même si le passage aux essais sur l’homme est plus rapide pour les maladies rares ».

Michel Cailleret révèle d’ailleurs « la difficulté, pour des maladies comme les myopathies, à apporter cette mécanique à chaque cellule : les muscles représentent presque 40% de notre corps ».

Mélanie Guyonvarch et Gaëtan Flocco, enseignants-chercheurs en sociologie au Centre Pierre Naville (Université d’Evry-Val-d’Essonne), voient en particulier 3 risques de la technologie :
1. le système n’est pas infaillible et « l’outil peut se tromper de cible », ne pas modifier le bon gène ;
2. la modification du génome du moustique pour le rendre résistant au paludisme montre qu’ « on pourrait avec cette technique décider de l’extinction d’une espèce » ;
3. Elle est « très facile à réaliser et à moindre coût, donc rend possible une utilisation malveillante ».

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De gauche à droite : Gaëtan Flocco (UEVE), Mélanie Guyonvarch (UEVE), Michel Cailleret (I-Stem), Sara Henriques (Généthon)

« Le besoin de régulation est urgent » souligne Paul de Brem, journaliste scientifique qui animait le Café du gène. Le public pose alors le problème des différences d’éthique et de législation selon les pays. « Je vois les risques, je vois les dérives, mais si ça peut sauver un enfant...  » exprime Sara Henriques.

Mélanie Guyonvarch précise que « cela touche en nous des choses intimes et passionnelles. Ni les scientifiques, ni les patients ne doivent être les seuls décideurs. Il ne faut pas renoncer à une réflexion avec des gens indépendants aussi du monde industriel et de la finance. Nous avons besoin de la société civile dans ces débats ».
Gaëtan Flocco souligne qu’« il est très méfiant sur les interdictions. Il faut laisser le champ libre à la science pour qu’elle puisse s’interroger, interagir avec la société civile  ». Le public aquiesce et affirme qu’ « on ne doit pas arrêter les progrès de la science, mais c’est à nous de savoir ce qu’on doit faire ».