« Genopole sera toujours associé au nom de Pierre Tambourin, car derrière cette présence, il y a une vision  ». C’est ainsi qu’Alain Beretz, directeur général de la Recherche et de l’Innovation, a introduit le colloque « Biologie et médecine du futur » lundi 27 février au Grand Palais (vidéo de l’introduction au colloque). L’événement a rendu hommage à « l’audace, la ténacité et l’enthousiasme » de celui qui a fait naître et assuré la direction pendant près de 20 ans du premier cluster français en sciences du vivant.
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Une visionnaire également, Elaine Mardis, co-directrice de l’Institute for Genomic Medicine (Nationwide Children’s Hospital, Ohio), a ouvert l’événement sur les promesses de la génomique pour le traitement personnalisé des cancers. Avec son équipe, elle est la première à avoir réalisé le séquençage à haut débit d’une tumeur en 2008 et depuis n’a de cesse d’explorer la génomique des cancers et transformer cette connaissance en application clinique et solutions thérapeutiques adaptées (voir la vidéo de l’intervention).

Colloque Biologie et médecine du futur {JPEG}
Yves Levy, PDG de l’Inserm et président d’AVIESAN, a présenté le plan France Médecine génomique 2025, qui engage la France dans la génomique médicale avec l’ambition d’intégrer le séquençage dans le parcours de soin. L’année 2017 verra la mise en place des deux premières plates-formes, l’objectif étant de déployer à l’horizon 2020 un réseau de 12 plates-formes capables de produire 200 000 génomes par an. Les premières pathologies à en bénéficier seront les cancers, les maladies rares et déficiences intellectuelles pour lesquelles l’errance diagnostique est grande, puis progressivement les maladies communes comme le diabète. A Genopole, le Centre National de Recherche en Génomique Humaine (CNRGH/CEA) accueillera le Crefix (centre de référence, d’innovation, d’expertise et de transfert) qui assurera la mise en œuvre opérationnelle et la montée en puissance du dispositif (vidéo).

Pour des pathologies complexes comme les maladies cardiovasculaires, pour lesquelles par ailleurs la médecine a prodigieusement diminué la mortalité ces 50 dernières années, Pierre Corvol, vice-président de l’Académie des Sciences, a montré que l’approche personnalisée reste difficile aujourd’hui. Même si des traitements préventifs comme le Polypill démontrent une efficacité non négligeable, il est bien difficile aujourd’hui de prédire les risques de chacun. Les résultats des études génétiques restent pour l’instant décevants, en dehors de quelques cas comme l’hypercholestérolémie familiale, mais les recherches se poursuivent (vidéo).

La médecine régénérative ouvre de nouvelles approches thérapeutiques pour réparer les organes altérés par l’âge ou les maladies. Elle est parvenue au stade des tout premiers succès, mais Marc Peschanski directeur scientifique d’I-Stem a souligné combien le chemin jusqu’aux essais cliniques est long et laborieux. «  Il reste à imaginer les technologies à mettre en place pour produire et pour traiter des dizaines de patients, et passer d’une thérapie cellulaire dédiée aux maladies rares à une médecine régénératrice applicable à des millions de malades », car Marc Peschanski précise « avec la thérapie cellulaire, nous sommes face à un thérapeutique qui s’applique à un tissu, donc à des indications différentes ». Et Genopole a justement été « construit pour qu’il y ait cette translation vers la médecine et l’industrie » note-t-il (vidéo).

Pour Philippe Marlière, fondateur de la société Isthmus et co-fondateur de Global Bioenergies, « Genopole est une ressource naturelle de l’esprit d’entreprise ». L ‘entrepreneur a exposé les enjeux de la biologie de synthèse, ouvrant la voie à une nouvelle manière de produire, biologique et non plus chimique, puis présenté l’étape suivante de l’ingénierie génétique : l’invention d’une nouvelle chimie du vivant ou « xénobiologie ». Pour lui, « les solutions innovantes vont venir d’Homo sapiens  », ou plus exactement d’« Homo faber  », et non pas de la nature (vidéo).

Fulvio Mavilio, directeur scientifique du Pôle R&D de Généthon, a révélé le potentiel des technologies récentes de chirurgie fine des gènes, en particulier pour la thérapie génique (vidéo). Par les questions éthiques qu’elles soulèvent, elles ont fait la transition avec l’intervention d’Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm, sur les enjeux éthiques de la médecine du futur (vidéo).

« L’engagement de la science dans la société est une des dimensions qui caractérise Pierre Tambourin, et c’est une dimension éthique » introduit-il. L’arrivée du séquençage à grande échelle nécessite une réflexion approfondie, voire la révision du consentement éclairé, de l’anonymisation et l’encadrement de l’utilisation des données, du devenir des découvertes fortuites, de l’information aux apparentés, des questions de propriété intellectuelle sur les gènes... Les promesses scientifiques, économiques et sociétales de la médecine génomique, les perspectives de prédiction des risques et de traitements personnalisés ne doivent pas faire oublier qu’« un gène code pour une protéine et jamais pour un destin », selon la formule d’Axel Kahn (vidéo). 

André Syrota a conclu ce panorama de la médecine du futur en indiquant que « tous les industriels considèrent que le secteur qui aura la plus forte croissance sera la santé. La médecine génomique est un enjeu économique qu’il ne faut pas rater ». Il ajoute que « l’innovation technologique n’est pas concevable sans innovation organisationnelle et ce ne sera possible en France que si c’est traité au plus haut niveau de l’Etat. Tout le système de santé sera impacté par cette rupture conceptuelle et pratique » (vidéo).

Avant de recevoir les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur des mains du Ministre Thierry Mandon, Pierre Tambourin nous a plongé dans l’esprit commando qui présidait aux débuts de Genopole, lorsqu’il acquit la conviction qu’il fallait changer le système de recherche en France et bouleverser la vision profondément ancrée d’un fossé entre recherche fondamentale et développement industriel. « L’innovation est la rencontre entre la recherche et le marché, elle ne se réduit pas à l’invention et la technologie » insiste-t-il (vidéo de l’intervention de Pierre Tambourin).
Il faut concevoir un nouveau cadre stratégique pour l’innovation en France, soutenu par la politique publique. Genopole doit continuer de jouer un rôle clé dans cette réflexion stratégique et garder « l’esprit commando » dans lequel il est né.
Vidéo de la clôture du colloque et de la remise de la Légion d’honneur

Pierre Tambourin nommé Commandeur de la Légion d’honneur par
Thierry Mandon, secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « Pierre Tambourin a su partager son temps entre Genopole et son implication dans un plan stratégique pour la France. Il est un des plus grands générateurs de confiance que j’ai eu à connaître ».
Faten Hidri, vice-présidente de la Région Ile-de-France en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « Pierre Tambourin a su défricher des terrains particulièrement accidentés ».

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