Vincent Ramillon, chercheur au Centre Max Delbrück de médecine moléculaire de Berlin, dans l’équipe neurobiologie du développement.

L’intervention propose une analyse généalogique des conditions socio-historiques ayant permis la thématisation de « l’étude des systèmes complexes » dans la biologie contemporaine, à partir d’un examen des transformations sociales, matérielles et culturelles entraînées par le déploiement des programmes de génomique à partir du milieu des années 1980. Dans un premier temps, nous montrerons comment à travers la question initiale de la cartographie et du séquençage, les normes structurant l’activité scientifique ont évolué à la faveur de redistributions croisées, multiples et parfois contradictoires, impliquant tout aussi bien l’univers matériel du laboratoire, que les pratiques de gouvernement régulant le fonctionnement interne des institutions et leurs relations, l’organisation collective de la gestion et de l’utilisation des ressources, et une restructuration profonde des arènes d’évaluation du travail scientifique et de ses modalités - aboutissant à un modèle de travail centré sur la production standardisée « en masse » de données scientifiques. Dans un second temps, nous analyserons comment, au milieu des années 1990, un mouvement de rabattement de ces normes de travail sur un ensemble de productions expérimentales diverses fut à l’origine de revendications d’un renouvellement des pratiques épistémiques au sein de la biologie moléculaire, dans un mouvement allant des premières évocations d’une biologie « post-génomique » au modèle généralisé d’une « biologie à haut débit » à partir du début des années 2000. Nous montrerons enfin comment l’import de pratiques de gestion de matériaux structurellement complexes tels que les banques moléculaires a pu nourrir l’émergence d’un discours de la « complexité systémique ». En particulier, nous analyserons l’un des mouvements centraux de la génomique de la seconde moitié des années 1990, affectant les collections moléculaires et les faisant passer implicitement du statut de « ressources pour la génomique » à celui de « modèles de génomes ».

Vincent Ramillon, chercheur au Centre Max Delbrück de médecine moléculaire de Berlin, dans l’équipe neurobiologie du développement. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de l’université, Vincent Ramillon est titulaire d’un doctorat en histoire des sciences et des techniques délivré par l’EHESS. Après un séjour à l’Institut Max Planck pour l’histoire des sciences, il poursuit actuellement un projet de recherche sur la différenciation neuronale au Centre Max Delbrück pour la médecine moléculaire, à Berlin.

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