Le colloque international de l’innovation, organisé jeudi 2 octobre 2014, par Genopole et Amgen, a réuni environ 250 personnes dans l’amphithéâtre de Génocentre à Evry.

Pierre Tambourin et Corinne Blachier-Poisson (Amgen)
Jean-Luc Beylat, président d’Alcatel-Lucent Bell Labs


Introduit par Jean-Luc Beylat, président d’Alcatel- Lucent Bell Labs, co-auteur avec Pierre Tambourin, directeur de Genopole d’un rapport sur « L’innovation : un enjeu majeur pour la France » remis en 2013 au ministère de la recherche, le colloque s’est achevé par une allocution d’Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente

Isabelle This Saint-Jean, présidente de Genopole

chargée de la recherche et de l’enseignement supérieur, récemment nommée présidente de Genopole, et de Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Allocution de Geneviève Fioraso, Secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, lors du colloque

L’objectif de la manifestation ?

Dresser un état des lieux de l’innovation aujourd’hui, en France et dans le monde. Genopole et Amgen ont pour cela, invité dix personnalités qui ont chacune, apporté leur expérience et leur vision de l’innovation, s’intéressant :

- à la définition du terme et à ses enjeux :

Dominique Foray

Dominique Foray, professeur à l’école Polytechnique fédérale de Lausanne, a distingué deux voies de l’innovation. La voie 1 débouche sur des découvertes d’ordre fondamental. La voie 2 sur des applications industrielles, économiquement rentables. « Ce qui marche technologiquement ne sera pas forcément un succès dans le domaine économique » explique-t-il se référant à la prouesse technologique du Concorde qui ne s’est pas traduit par un succès économique, au contraire de l’offre aéronautique low cost ... Dominique Foray a remis en question l’importance en France des financements publics attribués à la voie 1 qui au contraire, de la voie 2, ne crée pas (ou peu) d’emplois ... Et d’opposer la voie de l’excellence, chère à la France, à celle de la pertinence économique.

- à l’innovation à l’étranger :

Suzanne Berger

Suzanne Berger, professeur de sciences politiques au MIT, a évoqué les Etats-Unis, pays moteur en matière d’innovation, mais en situation difficile face à la perte de ses emplois industriels perdus et délocalisés dans les pays émergents. Les sociétés innovantes comme Apple, très créatives, capables de lancer régulièrement de nouveaux produits, se tournent vers des pays comme la Chine où une forte main-d’œuvre est immédiatement disponible pour produire ces innovations à très grande échelle. David Audretsch de la chaire de développement

David Audretsch

de l’université de l’Indiana, a présenté les résultats d’une enquête soulignant le rôle important des chercheurs universitaires dans la création de nouvelles sociétés aux Etats-Unis.

-  à ses financements : Bernard Daugeras, président du directoire d’Auriga

Bernard Daugeras

Partners, société de capital innovation technologique basée à Paris, a démontré la spécificité des projets d’innovations médicales, extrêmement compliqués à financer, car nécessitant des investissements très lourds, enregistrant de forts taux d’échecs et des réussites tardives. Autre particularité : le marché de l’innovation médicale est administré par des systèmes institutionnels. Pierre Tambourin, directeur général de Genopole, a rappelé l’idée émise dans son rapport écrit avec M. Beylat, de stimuler l’innovation en consacrant une partie de l’épargne des Français pour son financement.

Philippe Larédo

Philippe Laredo, directeur de recherche à l’IFRIS, a remis en question le Crédit impôt recherche, « pourrons-nous continuer à le financer avec des pressions budgétaires de plus en plus contraintes ? »

- au domaine spécifique des biotechnologies, secteur très prometteur en matière d’innovations :

Dr Will Dere

Dr Will Dere, vice président d’Amgen, a présenté l’histoire de sa société, pionnière des biotechnologies médicales, comptant en France 290 collaborateurs.

Alexander Eggermont

Alexander Eggermont, DG de l’institut Gustave-Roussy, a présenté les dernières avancées en matière de traitements immunologiques du mélanome.

- au rôle des territoires, celui de l’Etat :

Jean-François Balducchi

Jean-François Balducchi, directeur de Atlanpole, en a expliqué le rôle de mise en réseau des structures de recherche et des entreprises, œuvrant principalement dans le domaine du numérique mais aussi dans le secteur des biothérapies. Pierre Veltz, PDG de

Pierre Veltz

l’établissement public Paris-Saclay, a évoqué la montée en puissance de la notion d’écosystèmes en France depuis ces dernières années et s’est interrogé sur l’efficacité de ces modèles dans lesquels l’Etat joue un rôle très interventionniste.

Lire les biographies des orateurs et résumés de leurs interventions

La Secrétaire d’Etat Geneviève Fioraso et Suzanne Berger, professeure de sciences politiques au MIT

Deux enquêtes exclusives menées pour le colloque

Les résultats de deux enquêtes exclusives réalisées pour le colloque international sur l’innovation ont été révélés.

1. La première enquête quantitative, réalisée par Viavoice pour Genopole et Amgen, révèle la vision des cadres français sur l’innovation (802 personnes interrogées en juillet 2014). Voir le détail de l’étude
2. La seconde enquête qualitative, repose sur l’interview d’une dizaine d’acteurs concernés par l’innovation (consultants, industriels, institutionnels). L’innovation ne peut se réduire au seul champ de la R&D. L’innovation résulte de la mobilisation de toute une chaîne de compétences pour transformer l’idée en un produit, un outil ou un service apte à rencontrer son marché. Dans cette chaîne, l’Etat a vocation à intervenir très en amont pour définir une vision prospective et développer un environnement général favorable à l’innovation.
Lire le dossier de presse

Une perception décalée

41% des cadres interrogés considèrent les Etats-Unis comme le leader mondial de l’innovation. Or, cette perception contraste avec le classement de l’Indice mondial de l’innovation (Global Innovation Index) qui positionne les USA seulement au 6e rang mondial, en recul d’une place par rapport à 2013, mais toujours en tête en termes de qualité de l’innovation.

Loin derrière les Etats-Unis, trois pays asiatiques sont cités dans l’enquête :
la Chine (15 %), le Japon (13 %) et la Corée du Sud (7 %). Là encore, le contraste avec le classement de l’indice mondial est flagrant. Ces trois nations n’apparaissant respectivement qu’en 35e, 21e et 16e positions.

A contrario, le trio de tête de l’Indice mondial de l’innovation est quasiment ignoré des cadres sondés. Seul 1 % perçoit la Suisse comme le pays le plus innovant au monde, alors que la confédération helvète occupe la tête de ce classement pour la quatrième année consécutive. Quant au Royaume-Uni, mentionné seulement dans la globalité des pays anglo-saxons citée par 1% des sondés (hors Etats-Unis), il occupe la 2e place du classement de l’indice mondial. Même constat pour la Suède. Troisième du classement, le pays apparaît seulement dans la dénomination globale « pays scandinaves » citée par 2% des cadres interrogés par Viavoice.