Bruno J. Strasser, professeur à l’Université de Genève et à l’Université de Yale.

Dans les pages de revues aussi diverses que The Economist, Wired, ou Science, des commentateurs ont qualifié ce début de XXI e siècle comme étant caractérisé par un « déluge informationnel ». Ce phénomène, sans précédent selon eux, serait en train non seulement de redéfinir la société de l’information, mais aussi de révolutionner la recherche scientifique. Aujourd’hui, elle ne se fondrait plus seulement sur l’expérimentation, mais également sur le traitement massif de données informatisées.

Ma communication tente de placer ces arguments dans une perspective historique. Elle défend l’idée que les grands récits retraçant le développement historique des sciences de la vie, mettant en exergue les progrès des sciences expérimentales et le déclin de l’histoire naturelle, ne nous permettent pas de comprendre les développements actuels de la recherche biomédicale. En effet, le « déluge informationnel » n’est pas sans précédent et donc le passé peut nous aider à comprendre le présent. Comme l’a montré plus généralement l’historien Robert Darnton, « chaque époque, à sa manière, a été un âge de l’information ». Pendant plusieurs siècles, l’histoire naturelle a été, à sa manière, une science fondée sur le traitement massif d’informations. Nous montrerons comment on peut comprendre les transformations récentes des sciences comme la continuation d’une longue tradition de recherche basée sur les collections biologiques.

Nous discuterons comment cette mise en perspective permet de mieux comprendre les défis et les enjeux actuels de la recherche biomédicale fondée sur les bases de données, comme par exemple la redéfinition du statut de l’auteur scientifique, la négociation de la reconnaissance individuelle et la participation citoyenne à la science.

Formé à l’Université de Genève, à l’École normale supérieure de Paris, au Max-Planck Institut für Wissenschaftsgeschichte, à l’Université de Paris 7 et à l’Université de Princeton, Bruno J. Strasser est titulaire d’un doctorat en épistémologie et histoire de la science et professeur à l’Université de Genève et à l’Université de Yale. Ses recherches portent essentiellement sur l’histoire des sciences biomédicales au XXe siècle. Son livre, « La fabrique d’une nouvelle science : la biologie moléculaire à l’âge atomique, 1945-1964 », explore l’émergence de la biologie moléculaire en tant que discipline scientifique et identité professionnelle à l’âge atomique. Il a reçu le prix Henry-E. Sigerist en 2006. Il termine actuellement un nouveau livre traitant des collections et des collectionneurs dans le domaine des sciences du vivant au XXe siècle. On lui doit aussi des publications sur l’histoire de la coopération scientifique internationale au cours de la Guerre Froide, les interactions entre science expérimentale et médecine clinique, les transformations de l’industrie pharmaceutique, le développement de l’instrumentation scientifique, le rôle de la mémoire collective et les relations entre science et société.

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