Le consortium scientifique Tara Oceans fait une nouvelle découverte en étendant l’exploration du monde planctonique aux échantillons prélevés autour du Pôle Nord. Les données, en particulier celles issues du séquençage du laboratoire Genoscope, révèlent un déclin significatif de la diversité du plancton vers les pôles. Alors que la 25e conférence du climat, la COP 25, a débuté à Madrid le 2 décembre, l’étude livre de nouvelles preuves scientifiques des changements radicaux que le réchauffement climatique pourrait opérer sur les zones océaniques tempérées et polaires.

Prélèvements de surface par des filets Bongo
© V. Hilaire - Tara Expéditions

Depuis 2013, date à laquelle l’expédition Tara Oceans a jeté l’ancre après avoir parcouru plus de 100 000 km d’océan, les scientifiques du consortium puisent dans la richesse des échantillons d’eau, de filtrats d’organismes, d’extraits d’ADN... provenant des 210 sites de prélèvement. Deux nouvelles études parues dans Cell en novembre 2019 dévoilent comment le plancton se répartit selon la latitude.

Les résultats d’imagerie (CNRS, Université Paris Sorbonne) et les données de séquençage de Genoscope (laboratoire CEA sur le site de Genopole) montrent clairement que la diversité planctonique est plus grande autour de l’équateur et diminue vers les pôles. La température des eaux de surface est le moteur de ce gradient. Une telle répartition de la biodiversité en fonction de la latitude était établie pour de nombreux organismes terrestres. Il est désormais prouvé que la plupart des groupes planctoniques obéissent également à cette règle.

Filtration des échantillons d’eau
en fonction de la taille des organismes planctoniques. © Tara Expéditions
La "Rosette"
rassemble 10 bouteilles de prélèvement et de nombreux capteurs. © Tara Expéditions
© A.Deniaud - Tara Expéditions

Les auteurs ont identifié deux seuils de latitude, autour desquels la composition et le nombre d’espèces varient considérablement. Les résultats révèlent, au moins pour le groupe planctonique des bactéries, une adaptation spécifique des espèces aux eaux polaires. Cela laisse présager que certaines pourraient ne pas s’adapter au réchauffement de l’océan et disparaître.

Ainsi, c’est au sein des régions polaires et tempérées que les changements les plus marquants risquent de se produire, entraînant de sérieuses conséquences écologiques, mais également économiques. Ces régions jouent un rôle capital dans la capture du carbone atmosphérique. Elles sont non seulement des sites de refuge d’espèces menacées mais aussi des zones de pêche très actives.

- Lire le communiqué du CEA

- Lire les articles des résultats 2015 et 2018 de Tara Oceans.

Références :
- Global trends in marine plankton diversity across kingdoms of life, Cell, 2019.
doi.org/10.1016/j.cell.2019.10.008

- Gene expression changes and community turnover differentially shape the global ocean metatranscriptome, Cell, 2019.
doi.org/10.1016/j.cell.2019.10.014

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