Aider à la prise de conscience collective de l’urgence de structurer une filière de médecine personnalisée en France : tel était le but du colloque organisé par Genopole et Amgen mardi 8 décembre, à la Bibliothèque nationale de France.
Plus de 300 personnes ont assisté aux exposés d’experts en la matière, chercheurs, médecins, industriels, représentant de patients, politiques...
Vous pouvez visionner ci-dessous les vidéos des différentes interventions et des tables rondes. Et plus bas, des extraits écrits de ces interventions.

Vidéos du colloque

1/ La synthèse du colloque

2/ Définition et enjeux. Naceur Tounekti, directeur général adjoint de Genopole ouvre le colloque

3/ Jean Monin, président d’Amgen, explique la médecine 6P

4/ Jean-François Bergmann, chef du département médecine interne, hôpital Lariboisière

5/ Franck Bellivier, chef du département psychiatrie groupe hospitalier Saint-Louis

6/ Yves Lévy, président d’Inserm

7/ Marisol Touraine, ministre de la santé

8/ Pascal Sempé, Business Development Director, IBM Watson Solutions

9/ Sir John Chisholm, Executive Chair, Genomics England

10/ Table ronde 1, participants : Gérard Roucairol, président de Teratec, Agnès Buzyn, présidente de l’INCa, Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil, Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé de Sciences Po. Focus sur le Big Data, les enjeux éthiques, la médecine personnalisée aujourd’hui...

11/ Table ronde 2, participants : Jean-François Deleuze, directeur du centre national de génotypage (CEA/Genopole), Patrick Johnson, corporate Research & Science, Dassault Systèmes, Bernard Courtieu, PDG d’IntegraGen, Pierre Laurent-Puig, PU-PH, hôpital Georges-Pompidou. Les défis technologique et économique

12/ Table ronde 3, participants : Isabelle Hilali, vice présidente Stratégie et Marketing Orange Healthcare, Christian Hervé, directeur du laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale, Eric Salat, Patient expert chargé de mission démocratie sanitaire

Dossier de presse : voir en bas de page

Naceur Tounekti (photos ©Lionel Antoni)

Naceur Tounekti, directeur général adjoint de Genopole :

« Pour passer d’une activité de recherche à une activité de routine à l’hôpital, nous devons, tous ensemble, repenser l’ensemble de notre système de santé et imaginer un bouleversement des pratiques médicales que les patients vont réclamer bientôt à cor et à cri... Le coût du séquençage du génome humain a été divisé par 100 000 en douze ans, ce qui le rend accessible au monde de la santé »
 
 
 

 

Jean Monin, président d’Amgen


Jean Monin, président d’Amgen :

« L’enjeu est de parvenir à organiser une médecine 6P : préventive, prédictive, précise, participative, centrée sur le patient et personnalisée. Le bon traitement au bon moment... Connaître les prédispositions à développer une maladie ou les susceptibilités à répondre à certains traitements est un vecteur d’espoir. On pourrait dire, le médicament de masse est morte, vive la médicament de niche mais ce n’est sûrement pas aussi simple que cela... Si l’on considère que chaque maladie courante peut être segmentée en une multitude de maladies rares, comment va-t-on faire les essais cliniques ? Des questions cliniques, réglementaires mais aussi bio-éthiques se posent ».
 
 

Marisol Touraine, ministre de la santé

Marisol Touraine, ministre de la Santé :

« Avec Emmanuel Macron et Thierry Mandon, nous avons lancé il y a deux semaines les travaux de la solution « Médecine du futur » qui porteront en particulier sur la médecine personnalisée. Le comité de pilotage, présidé par André Syrota, ancien président de l’Inserm et Olivier Charmeil, PDG de Sanofi Pasteur, réunit 28 personnalités du monde académique, industriel et associatif. Sa mission sera d’établir une feuille de route d’ici la fin du premier trimestre de l’année 2016 ... Permettre à tous d’accéder à l’innovation, cela passe également par l’information. C’est pourquoi j’ai voulu organiser une journée nationale de l’innovation en santé pour permettre à chacun de venir découvrir les dernières innovations et d’en parler avec celles et ceux qui les portent. La première édition aura lieu les 23 et 24 janvier 2016 à la Cité des Sciences et de l’Industrie. ».
[+] Discours de Marisol Touraine, ministre de la Santé

Pascal Sempé

Pascal Sempé, business development director, IBM Watson Solutions :

« L’information médicale explose, elle double tous les cinq ans. On pense même que d’ici cinq ans, elle doublera tous les deux mois et demi. La difficulté est de transformer cette information en savoir, c’est cette connexion entre le Big Data et la connaissance... L’informatique cognitive est la capacité à concevoir des systèmes d’information capables de prendre en compte des informations de contexte, d’enrichir la compréhension sémantique de la question, pour permettre un système de questions/réponses sur un très large corpus de données... C’est l’origine du projet Watson né en 2011... Ces technologies existent et se déploient à travers le monde entier... pour émettre notamment des recommandations de prises en charge du patient. L’objectif est de capitaliser un maximum sur toute l’intelligence de vos publications sous-utilisées puisque trop importantes ».

Jean-François Bergmann

Jean-François Bergmann, chef du département de médecine interne, hôpital Lariboisière :

« Premier message, celui du cadre : la médecine personnalisée doit démontrer une différence nette entre deux traitements. Deuxième message, celui de l’esprit : la médecine personnalisée ne peut pas se limiter à l’enregistrement de données sur ordinateur. Elle doit donner lieu à une réflexion du médecin sur le cadre de vie du patient, sur les symptômes, quelle est la volonté des parents d’un enfant malade... Troisième message, il est porté par ce monsieur, Thomas Sankara, président en Haute-Volta, devenu le Burkina-Faso (pays des hommes intègres) qui a instauré la démocratie en quatre ans dans son pays avant d’être assassiné en 1987 (voir photo ) qui a dit devant l’ONU : « Je parle au nom de tous ceux qui ont mal quelque part ». Si on reprend ce discours de Thomas Sankara pour le remettre dans le contexte de la médecine personnalisée, mon troisième message serait que cette médecine de précision n’oublie personne ! ».

Franck Bellivier

Franck Bellivier, chef du département psychiatrie, groupe hospitalier Saint-Louis :

« Les pathologies psychiatriques sont leaders en termes de coûts et de handicaps. L’OMS indique qu’elles seront la première cause de handicap en 2020. 30% des patients sont d’excellents répondeurs. 30% ne répondent pas au traitement donné et ce, de façon inexpliquée. Ce qui conduit les psychiatres à rechercher de manière empirique le bon traitement. Ne pas s’étonner de cette observation, c’est se priver d’un gisement de progrès très important (généré par la médecine personnalisée). Cela pourrait procéder d’une certaine paresse intellectuelle. Ne pas s’y intéresser pourrait relever d’une irresponsabilité... Nous disposons d’outils très performants qui décrivent la manière dont les médicaments psychotropes sont métabolisés, en particulier par le foie, la manière dont ces molécules se distribuent dans le cerveau avec un possible lien avec l’efficacité thérapeutique... Le développement exponentiel de ces outils me permet de poursuivre un rêve. Je rêve d’une communauté médicale et scientifique, d’une société qui prendraient la mesure de l’enjeu des pathologies psychiatriques qui fauchent des sujets jeunes, qui refuseraient d’aborder les maladies psychiatriques comme une fatalité ou comme un fait mérité... après tout si il ou elle est malade, c’est quand même parce que il ou elle, éventuellement sa famille, y sont pour quelque chose. Ce qui est faux, inutilement culpabilisant et extraordinairement contre-performant dans la prise en charge de ces patients ».

Yves Lévy

Yves Lévy, président de l’Inserm :

« Le premier ministre a confié en avril 2015 à l’Aviesan (Alliance pour les sciences de la vie et de la santé) la mission d’établir des recommandations pour permettre à la France de développer la médecine personnalisée, de déployer l’outil de séquençage à très haut débit sur le territoire et la mise en place d’un écosystème qui va du patient au chercheur en passant par le clinicien, la plate-forme technologique ... Du côté du clinicien, l’enjeu majeur est le défi de l’interprétation des variants, donc celui d’algorithmes d’interprétation. Il va falloir croiser les données génétiques avec les informations du contexte de soin propres au patient et les grandes bases de données numériques. Ce qui pose des problèmes de sécurité et d’éthique. Le médecin ne sera plus seul. L’aide à la décision clinique issue de ces données doit être aussi assistée de plus en plus. Vu du chercheur, jamais il n’a été autant dans la position d’influer directement le soin. La distinction entre la recherche fondamentale, le laboratoire, la recherche clinique et la recherche appliquée est totalement estompée lorsque l’on parle de médecine personnalisée. Donc l’apprentissage continu, le dialogue incessant entre les médecins et les chercheurs va devenir un impératif ... Il nous faut convaincre les politiques de l’importance du séquençage à haut débit, des moyens conséquents qui seront nécessaires pour que la médecine personnalisée ne s’applique pas seulement aux cancers. Il ne faut pas rater le tournant de la médecine génomique. Aujourd’hui, on évalue notre capacité de séquençages exomes / génomes à 10 000 par an. Or dans les quatre-cinq ans, il faudra monter d’un facteur dix. Dans ce contexte de compétition internationale, si rien n’est fait à court et moyen termes, les patients risquent d’aller dans d’autres pays chercher ce service, avec des risques éthiques de fuite incontrôlée des données d’intérêt médical, scientifique et de non respect simplement de notre modèle de soins et de prise en charge des patients... »

Sir John Chisholm

Sir John Chisholm, executive chair, Genomics England :

« La standardisation et les collectes massives nécessitent une infrastructure nationale. Vous devez disposer d’une banque de données nationale. Si vous ne pouvez pas réunir la totalité des données et les analyser grâce à l’informatique, alors vous passerez à côté de belles opportunités ».

Tables rondes

Une première table ronde, dans la matinée, a réuni (voir photo en haut d’article, de gauche à droite), Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé de Sciences Po, co-directeur de l’institut Droit et santé, université Paris-Descartes, Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil, Fabrice Papillon, journaliste animateur, Agnès Buzyn, présidente de l’Institut national du cancer et Gérard Roucairol, président de Teratec.

Gérard Roucairol :

« L’enjeu sur le séquençage : peut-on créer une industrie du logiciel et du matériel dans le domaine de la santé ? A l’horizon 2020, on estime le nombre des données de santé numérisées à 35 000 milliards de milliards d’octets. Le Big data va permettre d’économiser de l’argent dans la santé publique. Des chiffres américains indiquent que si les données de santé sont bien utilisées, cela va réduire à l’horizon 2020 les coûts de santé américaine de 12 à 17%, soit 300 à 400 milliards de dollars, ce qui est considérable. Grâce au plan Supercalculateur initié par le gouvernement dans le cadre de la Nouvelle France industrielle, que j’ai l’honneur de diriger, la France est bien placée. Nous atteindrons une puissance de calcul de 150 petaflops (150 millions de milliards d’opérations à la seconde) l’an prochain, et l’hexaflop (un milliard de milliard d’opérations à la seconde) à l’horizon 2020. On sera l’un des quatre seuls pays dans le monde à pouvoir le faire. La puissance informatique existe donc en France. Pour l’industrie du logiciel, il va falloir prendre un certain nombre de précautions. Nous investirons s’il y a un marché, c’est-à-dire si l’accès par les industriels à un grand volume de données est possible, pour être pertinent dans l’analyse de ces données. Il faut ouvrir ces données. En France, les données ne sont pas assez ouvertes. La standardisation des données est également un élément majeur pour la création du marché du logiciel et d’indépendance et de souveraineté parce que si toutes nos données passent par des logiciels faits ailleurs je pense que nous aurons du mal à maîtriser nos dépenses de santé par la suite. Si l’accès aux données est largement ouvert, nous pourrons contrer des Google, pour être plus pertinent dans le diagnostic et l’analyse, et standardiser ces données. Si l’on attend que les problèmes éthiques soient résolus, on sera loin derrière les concurrents d’autres pays ».

Agnès Buzyn :

« Il existe depuis 2006, vingt-huit plates-formes de génétique moléculaire. Actuellement, nous faisons en routine une vingtaine d’analyses spécifiques qui vont orienter les traitements dans les cancers du sein, du colon, du poumon, du mélanome. Nous testons chaque année sur les plates-formes 70 000 nouveaux malades qui bénéficieront d’un traitement guidé par ces analyses moléculaires. 100 000 tests sont réalisés chaque année sur les plates-formes. Comme de nouvelles anomalies moléculaires sont découvertes dans les tumeurs et que de nouveaux médicaments arrivent sur le marché, le nombre de tests augmente chaque année... sachant qu’il y a 350 000 nouveaux cas de cancers en France chaque année. Toutes les tumeurs ne bénéficient pas de ces traitements ciblés. La France est le seul pays au monde à avoir mis en place en routine ces analyses spécifiques moléculaires pour tous les patients du territoire gratuitement. Cette organisation nous est enviée par tous les pays du monde. Dans les autres pays, ces analyses moléculaires sont réservées à des centres d’excellence et nécessitent parfois une prise en charge individuelle coûteuse par les patients. Nous allons devoir monter d’un cran. C’est pourquoi dans le cadre du plan cancer 3 mis en œuvre actuellement, nous envisageons de passer au séquençage à haut débit, ce qui nous permettra d’analyser 10, 20, 100, 200 gènes par tumeur ; on gagnera en efficacité, en rapidité. Nous nous orientons vers le séquençage à haut débit de l’ensemble du génome : nous nous sommes fixé la barre du séquençage de 60 000 exomes (la partie du génome qui code pour un gène) d’ici 2019. Nous engrangeons des données. Les données de tous seront indispensables aux données de chacun. On change notre état d’esprit. Il faudra mettre au port ses données individuelles. La médecine personnalisée sera solidaire ».

Isabelle Falque-Pierrotin :

« Le problème n°1, c’est la sécurité des bases de données génétiques. Quand il s’agit de bases de données aussi sensibles, les risques de hacking sont préoccupants. Avons-nous les sécurités logicielles pour les protéger ? Seconde question, qui gérera ces bases de données ? Des acteurs nationaux ou européens, ou des acteurs internationaux ?... Il faut que nous progressions également dans l’anonymisation des données... La Cnil a été chargée de définir des standards d’anonymisation dans ces domaines. Or, il ne peut y avoir d’anonymisation totale puisque l’idée est que les médecins puissent revenir au malade. Enfin, le consentement du patient est demandé par la loi. Or, nous constatons à la Cnil une sorte de glissement, une tendance à se passer de ce consentement au motif que la recherche menée à partir de ces données apporte un bénéfice collectif. On est à la limite du droit et de l’éthique. Il nous faut réfléchir à un équilibre entre ce consentement et ce bénéfique collectif ».

Didier Tabuteau :

« Une conséquence souvent mise en avant est que les traitements auront des coûts astronomiques et les systèmes de protection sociale ne pourront pas faire face. Je suis très sceptique parce que nos systèmes de protection sociale ont déjà fait face à des vagues d’innovation, de révolution thérapeutique et se sont adaptés. Deuxième question, la médecine génomique aura un impact sur la nature du système fondé sur un paiement à l’acte. Or, on va vers une globalisation de la prise en charge. Il va falloir penser de nouveaux modes de financement du système de santé. Enfin, la médecine personnalisée nous donne des éléments de connaissance sur notre devenir sanitaire personnel avant même que la pathologie ne survienne, ce qui est extraordinairement redoutable pour la protection sociale. La protection sociale, la solidarité, reposent sur l’idée que l’on est presque tous égaux au départ face à la maladie. Plus on réduit l’aléa, plus le risque de désolidarisation augmente. Si vous avez une susceptibilité d’avoir un cancer du poumon et que vous fumez, la solidarité risque de ne plus jouer. La responsabilité individuelle s’accroît avec la connaissance que nous avons de nos facteurs de risque. La médecine personnalisée sans débat philosophique, éthique, comporte des risques de désagrégation tout à fait réels, qui plus est dans un contexte économique difficile ».

Enjeux économiques et technologiques

Une seconde table ronde, consacrée aux défis économiques et technologiques de la médecine personnalisée a réuni (voir photo, de gauche à droite) Jean-François Deleuze, directeur du centre national de génotypage, Patrick Johnson, vice-président R&D corporate research &science, Dassault Systèmes, Fabrice Papillon, animateur, Bernard Courtieu, PDG d’IntegraGen et Pierre Laurent-Puig, PU-PH à l’hôpital Georges-Pompidou.

Jean-François Deleuze :

« Le CNG (Centre national de génotypage/CEA), France Génonomique et Genopole ont fait l’acquisition d’un séquenceur IlluminaX5 qui positionne la France dans le top 3 européen. Cette plate-forme à Evry est la seule en France capable de générer jusqu’à 9000 séquençages de génomes humains par an, ce qui positionne le CNG et Genopole comme un acteur stratégique du plan de médecine personnalisée que le président d’Aviesan et le gouvernement sont en train d’élaborer. Nous répondons aux besoins de la communauté scientifique académique française. Les carnets de commande d’ailleurs ne cessent de grossir. L’acquisition de cette machine va nous permettre de réaliser des séquençages de génomes complets à des prix compétitifs de ceux pratiqués en Chine ou en Corée. Ce qui est très important pour la communauté scientifique française, car nous leur offrons les meilleures conditions techniques et financières mais aussi des conditions de sécurité et de respect de l’éthique optimales. La technologie est en cours d’évolution. L’enjeu n’est pas dans la production des données, on ira probablement plus vite dans l’avenir, mais l’enjeu est dans l’analyse des données... ».

Patrick Johnson :

« La génétique est au cœur d’un nuage d’informations sur le patient (génomique, épigénétique, environnement, comportements, immunologique, imagerie, clinique...), corpus qu’il va falloir structurer. Ces données ne seront plus produites dans les endroits mythiques de santé, à l’hôpital, la clinique... On n’a encore rien vu. Il va falloir se doter d’algorithmiques pour exploiter toutes ces données de façon intelligente. On voit des start-up spécialisées dans la collecte de données externes, via des objets connectés. de plus en plus collectent des données biologiques (Ex : une goutte de sang via un objet connecté donne un verdict en 15 minutes sur les pathologies cardiaques pressenties...). De plus en plus, les dispositifs médicaux vont devenir portatifs et enrichir le tsunami des données. Il y a des tas de défis. Celui de la standardisation de toutes ces données hétérogènes est crucial. Il existe des technologies sémantiques du web qui existent pour normaliser, aligner un ensemble de corpus hétérogènes. Ce n’est pas tout. On est intimement convaincus qu’il faut nourrir les logiciels d’une connaissance métier pour exploiter les données brutes de façon beaucoup plus fine et plus utile ».

Bernard Courtieu :

« On parle de la révolution génomique comme si elle devait avoir lieu dans le futur. Or, elle résout déjà des problèmes cliniques au quotidien. IntegraGen a réalisé avec l’Institut Gustave-Roussy premier centre de lutte contre le cancer en Europe, plus de 1000 analyses pour 400 patients atteints de cancers pour les orienter vers les thérapies les plus adaptées. Un des défis majeurs est la capacité à gérer les données produites avec une interface logicielle qui permette d’obtenir un résultat digeste, interprétable en peu de temps, pas plus de trois à quatre semaines. Nous sommes en train d’atteindre ces délais sur notre plate-forme génomique de séquençage à Gustave-Roussy. A ce jour, le facteur limitant c’est l’expertise d’interprétation biologique. La bonne nouvelle, est que ce n’est pas un challenge technique, on est capable de le faire industriellement. Il va falloir mettre cela à la disposition des patients et l’intégrer dans un système de soins ».

Pierre Laurent-Puig :

« Nous avons engagé une réflexion sur les modifications à apporter dans la prise en charge du patient, du fait de ces nouvelles technologies. On travaille avec IntegraGen sur le développement d’un logiciel d’interprétation des données pour nous faire gagner du temps. Ces données sont difficiles à rendre intelligibles. Et leur qualité à l’heure actuelle n’est pas encore contrôlée de façon standardisée. On a clairement besoin à ce titre de nouveaux métiers qui ne nécessitent pas forcément d’expertise médicale telle qu’on l’entend aujourd’hui ».

Les enjeux politiques et humains

Une troisième table ronde, consacrée aux enjeux politiques et humains, a réuni (voir photo de gauche à droite), Eric Salat, patient expert, Christian Hervé, directeur, laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale, Fabrice Papillon, animateur et Isabelle Hilali, vice-présidente Stratégie et marketing, Orange Healthcare.

Eric Salat :

« Si la démarche est mal expliquée, le risque est de crisper les patients qui ne comprendront pas pourquoi certains ont la possibilité de bénéficier des apports de la médecine personnalisée et d’autres non. Se pose également la question de savoir qui sera propriétaire des données génétiques ? ».

Christian Hervé :

« Une réflexion doit être menée sur les comportements que les médecins doivent avoir face au patient... il faut veiller à ne pas créer de sentiment d’incompréhension, de ségrégation. Le risque est de voir se déchirer le voile de la solidarité nationale ».

Isabelle Hilali :

« Notre rôle est de transporter et d’héberger des données, sans les regarder. Nos compétences sont le cryptage et la sécurité. Personne au monde ne peut dire que ses systèmes sont inviolables mais nous y mettons beaucoup de moyens. A l’hôpital, il n’existe pas de sécurité absolue de protection des données. L’intérêt quand on digitalise, c’est qu’une traçabilité est possible... »
Photos : © Lionel Antoni