Avec le renouvellement de la convention constitutive pour neuf ans, Genopole dispose désormais d’un nouveau cadre positif pour accélérer sa transformation.
Parmi les priorités :
- renforcer les liens entre recherche et entreprises,
- accompagner les biotech dans leur croissance
- et faire de la montée en échelle industrielle des biotechnologies un marqueur fort du biocluster.
Interview de David Bodet
🎤 Vous étiez jusqu’ici directeur général adjoint de Genopole et directeur général de la SEM. Vous prenez désormais la direction générale du GIP. Qu’est-ce que cette nouvelle responsabilité change pour vous et quelle feuille de route vous êtes-vous fixée ?
Cette nomination s’inscrit d’abord dans une continuité. Je suis arrivé à Genopole il y a quatre ans, après avoir été en charge de la direction de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation à Grand Paris Sud. J’ai d’abord assuré une mission d’intérim au sein du GIP, avant de devenir directeur général adjoint du GIP et directeur général de la SEM Genopole.
Cette organisation avait un objectif très précis : créer davantage de convergences entre les deux structures autour d’un projet stratégique commun pour Genopole. Le GIP porte notamment la stratégie, l’animation scientifique, les plateformes technologiques, et les programmes d’incubation et d’accompagnement des entreprises. La SEM, de son côté, joue un rôle essentiel pour permettre aux entreprises de s’implanter et de se développer dans de bonnes conditions, notamment sur les questions immobilières, techniques et réglementaires.
Cette complémentarité est aujourd’hui structurée et pérenne. La nomination à la direction générale du GIP permet de poursuivre cet alignement et d’accélérer la mise en œuvre de la feuille de route définie pour les neuf prochaines années.
Je veux également rappeler que cette évolution s’inscrit dans une transformation engagée depuis plusieurs années sous l’impulsion de Stéphane Baudet, président de Genopole. Il a accompagné l’évolution institutionnelle du biocluster pour qu’il puisse mieux répondre aux besoins des biotechnologies et renforcer son rôle territorial. Genopole est à la fois un projet scientifique et économique, mais aussi un projet de territoire important pour l’Essonne, Évry-Courcouronnes, Grand Paris Sud et la Région Île-de-France. Il ne faut pas l’oublier.
🎤 Genopole vient de renouveler sa convention constitutive pour neuf ans. Quelle place doit-il occuper dans cette nouvelle étape de la biotech française ?
Le renouvellement de la convention constitutive nous donne un cadre pour accélérer une évolution déjà engagée. L’un des axes majeurs est de positionner Genopole comme un référent francilien de la montée en échelle industrielle des innovations issues de la biologie de synthèse, dans les domaines de la santé comme de la bioéconomie.
La science est là. Les laboratoires démontrent chaque jour que la biologie de synthèse peut apporter des réponses à des enjeux majeurs, qu’il s’agisse de nouvelles approches thérapeutiques ou de solutions contribuant à la décarbonation de certaines productions.
Mais deux verrous restent importants :
- le coût de production
- et la capacité à produire à une échelle suffisante pour répondre à une commande industrielle.
C’est là que se situe aujourd’hui un enjeu majeur pour Genopole : contribuer à démontrer que ces innovations peuvent devenir des solutions industrielles compétitives dans des délais raisonnables. Cela suppose de faire évoluer Genopole, ses compétences, ses infrastructures, ses partenariats, mais aussi son accompagnement des entreprises.
🎤 Où se situe aujourd’hui le principal verrou entre le laboratoire et l’usine ?
Le passage du laboratoire à l’industrie est beaucoup plus complexe qu’un simple changement d’échelle.
Prenons l’exemple d’une production biologique. Une technologie peut fonctionner à très petite échelle et donner de bons résultats dans un laboratoire. Mais lorsque l’on passe à plusieurs dizaines ou centaines de litres, puis à plusieurs mètres cubes, les conditions changent : pression, température, brassage, transfert de chaleur, alimentation du système…
Tous ces paramètres peuvent modifier le comportement du vivant.
Il faut donc démontrer qu’un procédé qui fonctionne à petite échelle pourra fonctionner de manière reproductible à une échelle industrielle, avec des rendements et des coûts compatibles avec le marché. Ces conditions sont indispensables pour que les biotechnologies amorcent une nouvelle révolution industrielle.
C’est là tout l’enjeu de la montée en échelle. Et c’est aussi pour cette raison que les infrastructures sont déterminantes. Avec GATEX, Genopole se positionne précisément sur cette étape intermédiaire qui permet de sécuriser le passage vers des volumes plus importants.
Notre ambition est de construire un parcours cohérent : partir de la preuve de concept, travailler sur les volumes pilotes, démontrer la robustesse du procédé, puis permettre à l’entreprise de se tourner vers des industriels capables d’assurer la production à une échelle supérieure.
🎤 Genopole a également lancé Upscale Bio, un dispositif d’accompagnement des entreprises lorsqu’elles entrent dans une phase de croissance. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce sujet ?
Lorsque je suis arrivé à Genopole, nous disposions déjà de programmes d’excellence et d’incubation très solides. De l’idéation de projet à la création de startup avec Shaker, de la validation du modèle économique et de la levée de fonds avec Gene.iO.
Il manquait une brique à nos dispositifs, développer sa pré-industrialisation sur site.
Une entreprise en croissance n’a plus seulement besoin d’un accompagnement scientifique ou technologique. Elle doit trouver des investisseurs, accéder à des marchés, sécuriser son développement réglementaire, identifier des partenaires industriels et préparer son passage à l’échelle.
C’est précisément la logique d’Upscale Bio.
Le cœur de cet accompagnement repose sur deux dimensions cruciales :
- le lien avec les industriels
- et l’accès aux marchés.
Il faut également pouvoir accompagner les entreprises dans leurs relations avec les institutions publiques, les dispositifs de financement ou encore les questions réglementaires.
L’enjeu est de ne pas laisser les entreprises seules lorsqu’elles passent cette fameuse « vallée de la mort », entre l’innovation et la construction d’un véritable modèle économique.
Il faut aussi connecter plus précocement les startups aux grands industriels. Ces derniers recherchent des technologies nouvelles et peuvent apporter des compétences, des marchés, des capacités industrielles ou des financements. Pour Genopole, l’enjeu est donc également de constituer un véritable vivier de projets et de technologies susceptibles d’intéresser ces partenaires.
🎤 Vous insistez beaucoup sur le rapprochement entre recherche et entreprises. Comment souhaitez-vous le renforcer ?
C’est un axe essentiel de la nouvelle trajectoire. Genopole rassemble 17 laboratoires, mais nous devons encore renforcer les liens entre ces équipes de recherche, leurs tutelles et les entreprises présentes sur le site ou susceptibles de s’y implanter. C’est la qualité de ces relations qui permettra de mieux faire circuler les compétences, les technologies et les projets.
C’est notamment le rôle du nouveau Comité scientifique et d’innovation (CSI), qui réunit les organismes nationaux de recherche ainsi que les universités de Paris-Saclay et d’Évry Paris-Saclay. Il doit permettre d’expertiser les projets, mais aussi de mieux organiser les complémentarités. Si une compétence existe déjà quelque part en Île-de-France, il n’est pas nécessaire de la reproduire : il faut pouvoir s’appuyer sur elle.
Cela vaut également pour les entreprises. L’innovation ne se fait pas uniquement au moment de la création d’une startup. Une entreprise peut avoir besoin, plusieurs années après sa création, de travailler avec une équipe de recherche pour améliorer un procédé, augmenter sa productivité ou résoudre un verrou technologique.
Nous devons donc construire des relations beaucoup plus continues entre recherche publique et recherche privée.
🎤 Dans ce contexte, quelle place accordez-vous à la dimension européenne et internationale ?
Elle est indispensable. Genopole dispose déjà d’une reconnaissance et d’une expertise qui sont sollicitées au niveau régional, européen et international. Nous sommes amenés à participer à des consortiums, parfois à les piloter, sur des sujets liés aux biotechnologies, à leur développement ou à leur réglementation.
L’international n’est pas une fin en soi. Il doit permettre à nos entreprises de trouver des marchés, des investisseurs ou des partenaires industriels, mais aussi de mieux comprendre les conditions dans lesquelles elles devront évoluer pour rester compétitives. Nous le faisons de plus en plus en lien avec la Région Île-de-France qui développe de nombreux projets ambitieux de coopération internationale.
L’Europe a également un rôle important à jouer sur l’aspect réglementaire. Dans les biotechnologies, le temps est un facteur déterminant. Une entreprise peut disposer d’une technologie très prometteuse, mais si son développement est trop long ou trop complexe, elle risque de chercher ailleurs les conditions qui lui permettront d’aller plus vite. Genopole peut contribuer à cette réflexion européenne grâce à son expertise de terrain et à son expérience des entreprises.
L’international doit donc être pensé comme un levier de développement : pour les entreprises, pour l’écosystème et aussi pour Genopole lui-même, en nous permettant de valoriser notre expertise et d’attirer de nouveaux projets.
🎤 D’ici trois à cinq ans, quels résultats vous permettront de dire que Genopole a franchi un cap ?
Je voudrais que nous puissions démontrer concrètement que Genopole est devenu un référent francilien de la montée en échelle industrielle des biotechnologies issues de la biologie de synthèse, aussi bien dans la santé que dans la bioéconomie.
Cela passera notamment par des réussites d’entreprises, par leur capacité à franchir les différentes étapes de développement, à accéder à leur marché et par leur implantation sur le territoire génopolitain.
Nous devons également réussir à développer nos infrastructures, notamment autour de GATEX et de la future biofonderie, pour répondre aux besoins de la montée en échelle. Et Genopole s’inscrit pleinement dans cette ambition et dans la dynamique francilienne autour des biofonderies.
Mais je crois surtout que nous devrons mesurer notre réussite à notre capacité à créer des connexions : entre la recherche publique et les entreprises, entre les entreprises et les investisseurs, entre les start-up et les industriels, entre Genopole et ses partenaires européens.
Enfin, il faut rappeler un rôle que Genopole joue déjà auprès de nombreuses entreprises : celui d’un levier dans les périodes difficiles. Dans le contexte actuel, le biocluster accompagne les entreprises qui traversent des difficultés et cherche, avec elles, les solutions qui peuvent leur permettre de retrouver succès et croissance.
Genopole représente aussi un environnement et un label de crédibilité. Pour une jeune entreprise, pouvoir s’appuyer sur l’écosystème Genopole, ses infrastructures, ses compétences et ses dispositifs constitue un véritable atout lorsqu’elle rencontre un investisseur ou un industriel.
Notre objectif est donc de faire en sorte que cette valeur ajoutée soit encore plus forte demain. Si, dans quelques années, nous pouvons montrer que des innovations nées ou développées dans cet écosystème ont franchi avec succès le cap de l’industrialisation et trouvé leur marché, alors nous aurons véritablement franchi une étape.